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Atelier EXB
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Dans L'Odeur de l'Inde, Pasolini témoigne de son émerveillement et de son expérience sensible d'une humanité autre, loin des perceptions occidentales. Trente ans plus tard, Paolo Roversi donne à voir une Inde tout aussi mystique et fabuleuse, saisie dans des tonalités sépia et des couleurs poudrées, signature de son esthétique.
Un soir de janvier 1989, Paolo Roversi fait une halte à l'hôtel Malabar de Cochin, dans la région du Kerala. Il a déjà réalisé plusieurs voyages en Inde. Ce soir-là, alors qu'il entame la lecture de L'Odeur de l'Inde de Pier Paolo Pasolini, il réalise qu'il réside exactement dans l'établissement où a séjourné presque trente ans plus tôt son compatriote italien. En 1961, Pasolini part en Inde en compagnie d'Alberto Moravia et d'Elsa Morante. L'ouvrage qu'il écrit à son retour évoque ses impressions, ses errances nocturnes, mais aussi ses rencontres. Dans L'Odeur de l'Inde, Pasolini témoigne de son émerveillement et de son expérience sensible d'une humanité autre, loin des perceptions occidentales.
Trente ans plus tard, Paolo Roversi donne à voir une Inde tout aussi mystique et fabuleuse, saisie dans des tonalités sépia et des couleurs poudrées, signature de son esthétique. Les variations de lumière et le modelé des volumes dessinent un univers onirique, en suspens. Palais de marbre décrépis, petites échoppes, ruelles peuplées d'un bestiaire d'ânes et de vaches sacrées, vallées sableuses nimbées d'un voile ambré, et surtout portraits de femmes, d'hommes et d'enfants où l'on retrouve la douceur et l'élégance du regard de Roversi. Concentrés sur leur tâche ou posant, subrepticement, devant l'objectif du photographe, ils composent un portrait kaléidoscopique de l'Inde.
Publié conjointement avec le texte in extenso de Pasolini, L'Odeur de l'Inde de Roversi immerge le lecteur dans une Inde mystérieuse et fantastique. -
L'instant visible
Jean-Philippe Toussaint, Philippe Séclier
- Atelier EXB
- 9 Octobre 2025
- 9782365114554
En 2017, l'écrivain Jean-Philippe Toussaint rencontre l'éditeur Xavier Barral. Toussaint lui fait part de son désir de réaliser un livre de photos, l'idée étant de concevoir un livre introuvable - comme il le dit lui-même - composé avec les images prises par l'écrivain.
" Un jour, j'ai pensé que je pourrais faire un livre avec mes photos. J'ai pensé alors que ce livre existait déjà, qu'il existait virtuellement, qu'il existait en puissance au coeur de mes photos. Ce livre, je ne devais pas l'écrire, je devais le découvrir. Je devais me replonger dans les milliers de photos que j'avais faites dans ma vie et exhumer le livre de photos qui s'y trouvait enfoui. Ce ne serait pas une création, ce serait une archéologie. Mais, si j'avais la conviction qu'un livre - un livre caché, un livre encore inatteignable - se trouvait au coeur de mes photos, j'avais aussi l'intuition que je ne parviendrais pas à l'atteindre moi-même, que j'avais besoin d'un regard extérieur pour le découvrir. "
En 2017, l'écrivain Jean-Philippe Toussaint rencontre l'éditeur Xavier Barral. Toussaint lui fait part de son désir de réaliser un livre de photos, l'idée étant de concevoir un livre introuvable - comme il le dit lui-même - composé avec les images prises par l'écrivain. Rassemblées dans une valise, les images parviennent sur le bureau de Xavier Barral. Puis Xavier décède, la maison d'édition continue son chemin et la valise avec elle. La valise est là, il faut à présent l'ouvrir et commencer à esquisser une histoire visuelle et intuitive.
Rangés dans des enveloppes en papier kraft et dans des cartons à dessins, plus ou moins classés par thème - Venise, Tokyo, Chine, New York... -, tirages couleur et noir et blanc, planches-contact et bandes de négatifs nous plongent dans l'imaginaire de l'écrivain. Après une première ébauche - amorcer un récit subjectif -, Jean-Philippe Toussaint se saisit de l'histoire et complète les images de la valise d'autres plus anciennes et personnelles. Le livre se compose peu à peu au fil de 36 poses... Considéré comme un écrivain très visuel - " dès mes premiers romans, j'ai toujours imaginé visuellement les scènes " - Toussaint a conçu ici un ouvrage où mots et images se font l'écho les uns des autres et tissent ensemble une oeuvre qui parle du regard.
Un entretien mené avec Philippe Séclier, qui revient sur la relation de l'auteur avec l'image et ses échos dans l'écriture, clôt l'ouvrage. -
Fidèle à ses principes esthétiques et à ses engagements d'acteur environnemental, Sebastião Salgado est aujourd'hui l'un des plus grands noms de la photographie contemporaine.
Depuis plus de cinquante ans, le photographe brésilien parcourt tous les continents sur les traces d'une humanité en pleine mutation. Tout en témoignant des événements majeurs qui ont marqué notre histoire récente - confl its internationaux, famine, exode, exploitation de l'homme par l'homme -, il n'a cessé de nous faire découvrir des territoires vierges et des paysages grandioses. Sa signature est une
iconographie proche du sacré : lyrisme des grands espaces, ciels incandescents, cadrages purs, contrastes saisissants. Ses photographies puissamment construites, aux nuances de blancs, de noirs et de gris nimbées d'une lumière hypnotique, et ses tirages d'une qualité unique ont imposé un style singulier apprécié du plus grand
nombre. La faune et la fl ore, dans leur univers originel, ont toujours tenu une place à part dans son oeuvre. À travers elles, Salgado met en exergue la préciosité de la vie et la préservation de la nature qui lui sont si chères.
Pour la collection Des oiseaux, Sebastião Salgado s'est replongé récemment dans ses imposantes archives afi n de nous révéler des espèces rares - manchots, albatros, pétrels, urubus, toucans, et autres aras - qu'il n'a cessé de photographier, depuis des décennies, sur terre
comme en mer, et dans des contrées reculées, que ce soit en Amazonie, en Antarctique ou en Afrique. Ce livre, qui présente de nombreuses images jamais publiées, est une véritable ode à la beauté de notre planète. -
Un aller simple pour le Vietnam (1966-1968)
Catherine Leroy
- Atelier EXB
- Beaux Livres
- 18 Septembre 2025
- 9782365114431
Première femme à recevoir la médaille d'or Robert Capa, qui récompense un reporter pour son courage et son esprit d'indépendance, Catherine Leroy est l'une des rares femmes photographes à couvrir la guerre au Vietnam entre 1966 et 1968.
Elle a tout juste vingt-et-un ans lorsqu'elle s'envole, avec un aller simple, pour Saigon, avec pour seuls bagages un boîtier Leica et une centaine de dollars. Très vite, la jeune femme sympathise avec les soldats américains et partage leur quotidien - ils appartiennent à la même génération. Durant trois ans, elle va couvrir le conflit au plus près de l'action. Elle suit les patrouilles en mission, partage avec les soldats leurs rations et couchages de fortune.
Ses cadrages serrés et sa très grande proximité avec les Marines saisissent les visages et les corps pris dans la tourmente des tirs. Dans la chaleur et la boue de la jungle vietnamienne, Catherine Leroy capture les moments de courage, de peur, de tension, mais aussi l'amitié, la solidarité et la détresse de jeunes hommes foudroyés par la violence du terrain. Son objectif restitue la fulgurance des combats, le désespoir du peuple vietnamien, les ravages de chaque côté du conflit. Faite prisonnière à Hué par les soldats
nord-vietnamiens durant l'offensive du Têt, elle réalise un reportage exceptionnel et fait la couverture de Life.
Ses photographies font le tour du monde.
Seule femme civile à sauter en parachute avec l'armée américaine, Leroy ouvre la voie à ses consoeurs reporters de guerre. Ses images, publiées dans de prestigieux magazines internationaux, témoignent de l'acuité d'un regard photographique singulier : celui de l'une des toutes premières femmes engagées au plus près des combats dans un univers professionnel essentiellement masculin. Son audace, sa curiosité, son oeil acéré confèrent à ses photographies une extraordinaire puissance visuelle.
Ce livre, qui inclut la correspondance de Catherine Leroy avec ses parents, de 1966 à 1968, révèlent l'émergence d'une jeune photojournaliste et racontent son parcours initiatique : une vie où se mêlent engagement politique, social et féministe. -
Eileen Gray / Le Corbusier Villa E-1027+123
Stéphane Couturier
- Atelier EXB
- Beaux Livres
- 12 Juin 2025
- 9782365114493
Publié à l'occasion de l'exposition de la série " E-1027 + 123 " aux Rencontres d'Arles 2025, cet ouvrage présente l'ensemble de cette série de grands formats, qui seront accompagnés d'un texte de l'historienne de l'art Nathalie Herschdorfer.
Des chantiers de construction de Berlin aux logements bâtis par Fernand Pouillon dans les années 1950 à Alger, le travail de Stéphane Couturier repense le rapport au médium photographique et à son caractère prétendument objectif. Par un principe de combinaison de plusieurs clichés, l'artiste propose, avec une grande diversité de formes et de couleurs, de véritables constructions photographiques, proches de l'abstraction, tout en gardant un fort ancrage documentaire - créant ainsi une nouvelle architecture visuelle.
La série " E-1027 + 123 ", qui prend pour sujet la villa E-1027 conçue par Eileen Gray et Jean Badovici dans les années 1920 - et sur laquelle, quelques années plus tard, Le Corbusier viendra apposer ses fresques -, poursuit cette mise à l'épreuve du médium photographique. En superposant l'architecture du bâtiment aux fresques peintes,
au mobilier et à l'espace extérieur, Stéphane Couturier
dessine en creux l'histoire du lieu. À travers une trentaine de photographies de grands formats dans lesquelles l'oeil du spectateur est confronté à la multitude des détails qui suggèrent, sans jamais définir totalement, les contours de la villa, l'artiste donne également à voir la synthèse des arts qui est en jeu dans cet ensemble architectural. -
Le peintre d'origine ivoirienne Ouattara Watts, qui a étudié en France et vit depuis près de quarante ans aux États-Unis, est un acteur majeur de la peinture contemporaine.
Son univers pictural
regorge de symboles, de signes et d'indices qui conduisent à une
vision complexe et multiculturelle du monde. Chargée de sens,
cette peinture puise sa signification dans les mythologies de
l'Afrique de l'Ouest et leurs anciennes croyances, d'où Watts est
originaire. L'artiste explore les histoires, les contes et les langues
d'une cosmologie qu'il s'est inventée, révélant un monde sans
frontières, où tout est lié. Il puise dans ses souvenirs, les
mathématiques et la musique pour peindre le monde du visible
et de l'invisible. L'oeuvre de Ouattara Watts est d'une rare richesse
formelle, alliant une palette chromatique de tons directs à des
formats gigantesques. Première monographie consacrée à
l'artiste, ce livre présente un large corpus d'oeuvres de manière
chronologique, permettant d'observer les changements et les
évolutions de sa peinture. Les images sont accompagnées de 3
textes approfondis, abordant les questions clés pour comprendre
cette oeuvre : l'histoire de sa peinture et l'influence de ses études
françaises, les liens avec l'Afrique et la place de son oeuvre sur la
scène américaine. -
Figure émergente et désormais incontournable de la photographie contemporaine, Tyler Mitchell façonne des images d'utopie et du paysage américain qui élargissent l'imaginaire de la condition noire au XXIe siècle.
Sa première grande retrospective, " Wish This Was Real ", célèbre les dix premières années de la création du photographe qui révolutionne les représentations visuelles des corps noirs. Entre photographie de mode, art contemporain et récit intime, Mitchell construit une oeuvre singulière et lumineuse dans laquelle la subjectivité noire est pleinement souveraine.
Influencé par le travail de Gordon Parks, Julie Dash et Wolfgang Tillmans, Tyler Mitchell brouille les frontières entre travail de commande et expression artistique personnelle et fait de l'univers de la mode une plateforme de diffusion d'un imaginaire visuel où le choix des modèles, des vêtements et des accessoires est porteur d'un message politique. Le photographe célèbre l'introspection, la fraternité, la mémoire en faisant poser des sujets noirs au sein de paysages bucoliques, souvent inspirés de son enfance en Géorgie, et crée une oeuvre visuelle puissante et poétique, qui propose une autre manière de voir - et d'habiter - le monde. -
Maître de la photographie couleur, Harry Gruyaert livre ici " sa " Belgique, pays qu'il sillonne depuis plus de soixante ans.
Flamand de naissance, Gruyaert sait depuis longtemps que sa terre natale est " un endroit visuellement intéressant dans lequel il se passe des choses incongrues ". L'univers chromatique typique du photographe dresse ici le portrait d'une Belgique où le quotidien peut basculer en un instant dans l'étrange. Ces images évoquent parfois des collages surréalistes, mouvement artistique dont les représentants belges étaient fascinés par l'étrangeté de la réalité. Sens du grotesque, du sarcasme, banalité, mais aussi émotion et une certaine tendresse s'esquissent au fil d'images de carnaval, de processions religieuses, de petites localités hérissées de maisons en briques... Les ciels sont souvent bas, les lumières cristallines, les couleurs saturées pour damer le pion au froides atmosphères du nord.
Au fil des pages se déroule un long travelling : la notion de temps semble ici anéantie, l'objectif du photographe saisit la singularité d'une nation, capture un quotidien qui se déploie comme un décor de cinéma hyperréaliste. Éclairages urbains, néons de devanture, regards qui se dérobent derrière les sages rideaux d'habitations de banlieue, passants costumés errants après une fête arrosée, quais de gare plongés dans des matins brumeux, faune de nightclubs déjantée, zones périurbaines aux mornes façades, ports ne dormant jamais, campagnes aux lignes d'horizon infinies, la Belgique de Harry Gruyaert est un condensé de l'art du photographe : une attention extrême aux couleurs et aux lumières qui restitue le caractère fugitif des choses. En contrepoint à ces photographies couleur, quatre portfolios d'images en noir et blanc réalisées dans les années 1970 - protohistoire du photographe - et reproduites sur un papier offset, viennent scander cette immersion visuelle de ce voyage au plat pays. -
Pendant plus d'un an, François-Xavier Gbré a parcouru les territoires traversés par la voie de chemin de fer, photographiant wagons, gares, ateliers de maintenance, mais également la diversité des paysages.
Photographe ivoirien, François-Xavier Gbré développe une pratique artistique qui explore les territoires et revisite l'histoire. Son travail s'intéresse particulièrement au langage de l'architecture comme témoin de mémoire et des changements sociaux. Dans le cadre du programme " Latitudes " dont il est lauréat, il a choisi d'embarquer à bord de la ligne de chemin de fer qui relie Abidjan au Niger. Construite dans l'ancienne Afrique occidentale française (AOF), la ligne autrefois dédiée au transport des matières premières ivoiriennes, burkinabés et nigériennes dans une démarche extractiviste, ainsi qu'aux transports de voyageurs reste aujourd'hui active mais est uniquement réservée aux marchandises. Les petites gares, typiques de l'architecture moderniste coloniale, et certains tronçons ferroviaires sont désormais abandonnés : la nature luxuriante des régions traversées s'est peu à peu infiltrée, envahissant salles d'attente, hangars et ballasts vétustes... Pendant plus d'un an, François-Xavier Gbré a parcouru les territoires traversés par la voie de chemin de fer, photographiant wagons, gares, ateliers de maintenance, mais également la diversité des paysages. Ses images sont chargées d'une certaine mélancolie : celle d'un regard porté sur le passage du temps sur la matière. En contrepoint aux photographies de paysages, baignés de lumière et d'où s'exhale l'humidité de la terre, répond un ensemble d'images de fragments de matière : surfaces pelées par le passage du temps ou rongées par la rouille... Peu à peu il se dégage des lieux une atmosphère surannée, la sensation d'un temps suspendu : le voyage auquel nous convie le photographe parle d'une histoire certes révolue mais dont les échos résonnent encore sur des territoires longtemps morcelés par la présence coloniale et dont l'empreinte de cette dernière perdure malgré les aléas de la nature et des hommes. -
Le jardin du peintre français Claude Monet (1840-1926), situé à Giverny, est mondialement connu pour son bassin aux nymphéas qui inspira l'artiste et donna naissance à de somptueux tableaux. Cette propriété accueille désormais près de 350 000 visiteurs par an et reste un endroit magique.
Membre de l'Académie des Beaux-Arts et de l'agence Magnum Photos, le photographe Jean Gaumy a un accès privilégié à ce jardin depuis de nombreuses années. Terrain de jeu idéal pour ce grand observateur de nature, il expérimente durant toutes les saisons une photographie à la fois abstraite et naturaliste. Ce passionné de science réussi à utiliser le lieu pour produire un corpus inédit : recherches formelles du végétal, compositions à la frontière avec le pictural ou encore détail presque microscopique, le jardin devient autre chose hors du temps. Cet ailleurs, c'est en réalité ce que l'artiste cherche. Cette attirance pour ce lieu naît de souvenirs de sa propre enfance et de la joie éprouvée dans le jardin familiale. Terrain connu, sécurisant, lieu de toutes les curiosités, il a profondément marqué le photographe dans ses jeunes années à tel point qu'il a cherché à redonner vie à ses souvenirs à Giverny.
Le livre n'est pas un atlas de formes, mais plutôt une expérimentation photographique pour donner à voir sous un angle différent ce que la nature produit. Les images sont accompagnées d'un texte détaillant la relation mystérieuse entre la flore et l'imaginaire. -
Photographiés à l'argentique avec une pellicule ultra-sensible dans une lumière naturelle diffuse et posés sur un fond blanc, les nids de Nathalie Baetens évoquent un inventaire " à la Bernd et Hilla Becher ".
Nathalie Baetens " découvre " son premier nid - celui d'un tisserin - lors d'un reportage à l'Ile Maurice en 2019. Fascinée par la virtuosité et la variété de ces constructions à la fois solides et éphémères, elle entame un travail quasi-exhaustif, proche de l'inventaire. Chaque espèce d'oiseau construit " sa maison " en architecte : conception, forme, dimension, structure sont d'une grande diversité. Véritable micro-habitat destiné à la survie de la future progéniture, le nid doit être fonctionnel, à la fois confortable et protecteur, pour se prémunir autant du froid et des intempéries que d'éventuels prédateurs. À l'égard de ces derniers, il peut se faire soit discret, soit dissuasif, adoptant alors une forme de bunker. À l'incroyable variété des matériaux (brindilles, herbes, feuilles, mousse, fragments de feuilles, boue séchée...) répond la complexité des techniques employées (tissage, amalgame, empilement, coutures de feuilles...). Chez certains oiseaux, le nid est également un élément de la parade nuptiale : construite par le mâle, la petite structure doit séduire la femelle qui en assurera la finition intérieure à l'aide de duvet, toile d'araignée, poils, lichens et autres substances organiques.
D'abord collectés dans diverses forêts françaises, ces petits logis ont été peu à peu complétés de nids venus du monde entier - la photographe s'est ensuite rapprochée du Museum national d'histoire naturelle afin d'avoir accès à des nids provenant d'Australie, de Colombie, d'Indonésie, de Nouvelle-Zélande, etc. Au fil des images, ces mini cabanes apparaissent comme de purs chefs-d'oeuvre, une leçon d'ingéniosité fonctionnelle dédiée à la continuité de l'espèce. -
La photographie moderniste brésilienne 1939-1964
Marcella Marer, Héloïse Costa
- Atelier EXB
- Beaux Livres
- 3 Juillet 2025
- 9782365114387
Dans les années 1940, le Brésil est en pleine transformation :
il se modernise, multiplie les échanges à l'international, attire de nombreux émigrants européens et fait rêver. Témoins de cette révolution, les artistes du courant moderniste et, parmi eux, les photographes dont les images racontent l'entrée du pays sur la scène artistique cosmopolite.
Dans le sillon qui voit naître l'architecture d'Oscar Niemeyer, et sa vision de la cité moderne, le cinéma Novo ou encore la Bossa Nova, cinq figures favorisent l'éclosion d'une nouvelle photographie : Geraldo de Barros, German Lorca, Gertrudes Altschul, José Oiticica Filho et Thomaz Farkas. Se saisissant des potentiels politiques, sociaux et esthétiques de la photographie, ils vont donner à voir de nouveaux sujets : l'architecture moderniste et ses lignes souples, des motifs botaniques où contrastent ombres et lumières, des expérimentations inventives et des jeux de perspectives teintés d'un goût pour l'abstraction. Autre phénomène qui participe à l'émergence et au rayonnement d'une nouvelle photographie, les clubs amateurs de Foto Clubes Carioca de Rio de Janeiro et le Foto Clube Bandeirante de São Paulo, qui démocratisent l'usage du médium et nouent des contacts avec leurs homologues européens et américains. D'une incroyable diversité et originalité, tant formelle qu'esthétique, la photographie moderniste de ces pionniers stimule toute une génération et inscrit définitivement le Brésil sur la scène des avant-gardes.
Largement méconnue, la photographie moderniste brésilienne est ici présentée à travers plus d'une vingtaine de personnalités, dont certaines oeuvres sont conservées dans de prestigieuses institutions internationales, comme le MoMA à New York, la Tate Modern à Londres ou encore le Photo Elysée à Lausanne. Des textes d'historiens du médium replaceront cette production dans le contexte social et visuel de l'époque, et évoqueront les nombreux échanges entre institutions et photoclubs à travers le monde. -
Lumière des roses
Marion Jacquier, Philippe Jacquier
- Atelier EXB
- Beaux Livres
- 26 Juin 2025
- 9782365114370
Fondateurs de la galerie Lumière des roses, à Montreuil, Marion et Philippe Jacquier explorent depuis 2005 le champ de la photographie anonyme et amateur : " Nous sommes des chercheurs d'images ", comme ils se définissent eux-mêmes.
Pionniers dans leur discipline, ils arpentent depuis vingt ans les marchés aux puces, vide-greniers et autres lieux où viennent s'égarer archives, collections de photographies, albums et clichés intimes débordant de valises et de boîtes pleines de souvenirs... " Le mystère est un pouvoir et nous croyons au mystère des images. " Dans le flot incessant de la production photographique depuis la création du médium, au milieu au xixe siècle, Marion et Philippe Jacquier cherchent l'image qui aimantera leur regard, " celle qui brille d'un éclat singulier ", soulignent-ils. La photographie qui donne à voir, à penser,
à rêver, qui peut être énigmatique aussi, et dont le sens nous échappe et nous captive en même temps.
Depuis vingt ans, à savoir dès le début de leur activité de galeristes, Marion et Philippe Jacquier ont choisi de garder pour eux certaines images, fascinés par leur puissance visuelle, leur beauté, leur mystère et souvent surtout par leur inquiétante étrangeté. Cette étonnante et unique collection d'images anonymes, composée d'environ 10 000 tirages argentiques, déploie tous les sujets photographiques abordés par le médium depuis sa création : portraits posés ou pris à la dérobée, scènes de famille, photographies scientifiques, documentaires, historiques ou érotiques, images pour témoigner, pour dénoncer ou simplement réalisées pour le plaisir de partager l'instant éphémère avec l'autre. L'ensemble dresse un panorama exceptionnel de la vie ordinaire ou supra ordinaire depuis deux cents ans, des premières expériences - daguerréotypes, plaques de verre, autochromes... - jusqu'aux instantanés couleurs. La photographie est abordée dans toute sa diversité. -
Dans le flou : Une autre vision de l'art de 1945 à nos jours
Claire Bernardi, David Anfam, Pascal Beausse, Jean-Pierre Criqui
- Atelier EXB
- Beaux Livres
- 24 Avril 2025
- 9782365114301
Publié à l'occasion de l'exposition Dans le flou, présentée au musée de l'Orangerie du 30 avril au 18 août 2025, cet ouvrage réunit de nombreuses contributions de commissaires d'exposition, historiens et critiques d'art, qui interrogent pour la première fois la place du flou dans les productions artistiques du XXe siècle à aujourd'hui.
L'esthétique du flou, qui commence à voir le jour au XVIIIe siècle, en opposition à la rigidité classique, apparaît au sortir de la Seconde Guerre mondiale comme un moyen privilégié d'expression d'un monde où l'instabilité règne et où la visibilité s'est troublée. Face au champ de possibles qui leur est ouvert, des artistes proposent alors, à travers une pluralité de médiums, de nouvelles approches artistiques et font leur matière du transitoire, du désordre, du mouvement, de l'inachevé, du doute... Instrument de sublimation tout autant que manifestation d'une vérité latente, le flou se fait, de Richter à Munch, en passant par Rothko, à la fois symptôme et remède d'un monde en quête de sens. -
Un désir absolu de mémoire : Histoire de la photographie (et) du conflit nord-irlandais
Pauline Vermare
- Atelier EXB
- 4 Décembre 2025
- 9782365114523
Pendant près de quarante ans, l'Irlande du Nord a été le théâtre de l'une des guerres civiles les plus importantes du XXe siècle en Europe. Ces années de tension extrême ont donné lieu à une production remarquable d'images faites par des photographes venus du monde entier.
Ce septième titre de la collection TXT, créée en 2018 et dirigée par Agnès Sire, aborde les évènements à rebours d'un point de vue conventionnel : il ne s'agit pas de détailler les images produites à propos du conflit, mais de regarder et d'analyser comment le conflit a engendré de nouvelles façons de photographier. La singularité et la géographie de cette guerre civile va faire évoluer l'approche photographique de ceux qui la documente. C'est ainsi que Pauline Vermare, auteure de la thèse à partir de laquelle est adapté le livre, détaille les différentes méthodes, du photojournalisme à des réalisations plus artistiques, du souci de documenter à celui d'interpréter, qui vont scander l'archive photographique irlandaise. S'attachant à des moments historiques clés, notamment la Bataille du Bogside (1969), le Bloody Sunday (1972) ou encore la mort de Bobby Sands (1981), l'auteure tisse deux histoires parallèles. Cette guerre confessionnelle va faire apparaître des personnalités pour lesquelles l'Irlande du Nord gardera une place importante dans leur oeuvre : Gilles Caron, Don McCullin et Gilles Peress marqueront les esprits. L'ouvrage met également en lumière des images moins diffusées ou plus inattendues comme celles d'Akihiko Okamura, Bill Kirk ou Frankie Quinn.
L'ouvrage va, dans sa seconde moitié, s'intéresser à l'émergence de nouvelles formes, dépassant les codes traditionnels du photojournalisme pour créer un langage visuel inédit. C'est ainsi que certains photographes, comme Paul Graham ou Donovan Wylie, produiront des séries très importantes qui donneront des clés de lectures différentes et plus contemporaines à un conflit qui résonne encore aujourd'hui.
Richement documenté et illustré, Un désir absolu de mémoire explore la puissance de la photographie comme outil d'information, de communication et de mémoire ainsi que son rôle dans la construction de notre histoire moderne. Comme le souligne Pauline Vermare dans son introduction : " Ce livre parle de frontières : des frontières physiques et psychologiques entre les communautés et les individus ; de la frontière, ou de son absence, entre les photographes et leur sujet ; des frontières visuelles entre document et art, entre réalité et fiction. " -
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Arhant Shrestha : Collection Grand Prix du jury de la Photographie 7L
Arhant Shrestha
- Atelier EXB
- 23 Octobre 2025
- 9782365114509
Lauréat du Grand Prix du jury de la photographie 7L, Shrestha explore dans cette série, réalisée pour cet ouvrage, la construction du genre et pose sur sa ville natale de Katmandou un regard unique.
Si avec ses lois progressistes - réformes anti-discriminations en 2007 et reconnaissance d'un troisième genre en 2013 -, le Népal se distingue des autres pays d'Asie du Sud-Est, l'homophobie demeure toutefois. Les images d'Arhant Shrestha donnent à voir la communauté queer de Katmandou, qui se réinvente en permanence dans un contexte politique et social complexe : la loi permet certes à deux compagnons de marcher dans la rue main dans la main, mais les mentalités traditionnalistes persistent et avec elles leur corolaire, la violence. Shrestha questionne notre perception de la masculinité, notre rapport à l'apparence, à l'intimité et à l'altérité. Les identités se floutent, les catégories de genres se font poreuses, voire s'effritent.
Les photographies de Shrestha nous immergent dans la vie nocturne de la scène queer de Katmandou, où les identités se dévoilent et se confrontent. Des scènes de tendresse se mêlent à d'autres où l'on se jaugent et s'affronte. La lumière tout en clair-obscur trahit une violence latente et évoque le ténébrisme des toiles du Caravage : la lumière contraste fortement avec les zones d'ombre pour révéler les formes impénétrables des corps. Les cadrages serrés confèrent aux individus une forte présence physique, mains, visages, gestes, regards sont saisis dans l'instant du collectif. Cette plongée nous révèle un monde et des réalités cachés, quasi invisibles.
Victime d'une agression homophobe, Arhant Shrestha conjure par l'image la peur de l'autre et du jugement. Au fil de ses images, des pages de son journal intime ponctuent cette réappropriation de son identité. Cette série sur les violences liées aux genres est accompagnée d'une nouvelle de l'écrivaine britannique Deborah Levy, grande dramaturge des liens intimes et secrets, écrite pour Arhant Shrestha. -
Fondée sur une enquête historique et une projection spéculative, Ferdinandea raconte l'émergence et la disparition de l'île volcanique dans une installation multimédia rassemblant films 16 mm, vidéos, simulations 3D, documents historiques et photographies.
Fin juin 1831, les habitants de Kélibia, sur la côte tunisienne, et ceux de Sciacca, petite ville du sud-ouest de la Sicile, sont témoins de signes alarmants. Une première secousse sismique fait sombrer de nombreux bateaux qui voguent dans la zone. L'atmosphère est envahie par des vapeurs de soufre, l'argenterie prend l'apparence du cuivre et les murs blanchis à la chaux des villages et des églises se teintent d'ocre. Un volcan sous-marin, situé entre la Sicile, la Tunisie et la Libye, vient d'entrer en éruption, donnant naissance à une petite île aride et faite de cendres. L'île éphémère reçoit de nombreux noms : " Île Julia " en France, " Graham " en Angleterre et, dans le Royaume des Deux- Siciles, elle prend le nom du monarque régnant, Ferdinand II de Bourbon. Très vite Ferdinandea attire l'attention du monde tant scientifique que politique - les puissances européennes entendent revendiquer sa position stratégique. Aujourd'hui, Ferdinandea dort à huit mètres sous les vagues, au carrefour de l'Europe et du monde arabe. Mais elle pourrait à tout moment refaire surface suite à une nouvelle activité sismique, déclenchant alors d'autres manoeuvres géopolitiques.
L'île offre un terrain d'expérimentation scientifique et esthétique à l'artiste Clément Cogitore. Vidéaste, plasticien, conteur et cinéaste, Cogitore se saisit de ce phénomène historique et géologique pour en faire le point de départ d'une fiction expérimentale. Fondée sur une enquête historique et une projection spéculative, Ferdinandea raconte l'émergence et la disparition de l'île volcanique dans une installation multimédia rassemblant films 16 mm, vidéos, simulations 3D, documents historiques et photographies. L'oeuvre sera présentée au Mucem cet automne, accompagnée d'une publication conçue en étroite collaboration avec l'artiste : les trois récits filmiques sont restitués au fil des pages sur des papiers de création de grammages variés afin d'immerger de manière sensible le lecteur dans l'univers de l'artiste. Vues de plongées sous-marines, documents d'archives, nuages de scories, voix multiples des bandes sonores, l'ouvrage invite à un voyage onirique et métaphorique. Conçu comme un livre d'artiste, Ferdinandea déploie le récit d'une utopie/dystopie.
Dans ce voyage dystopique, Clément Cogitore a convié l'écrivain Tristan Garcia à écrire une nouvelle inédite sur l'île. Placée au coeur de l'ouvrage, celle-ci vient souligner le caractère hybride de l'oeuvre. Un appareil scientifique avec des essais signés par les commissaires d'exposition aborde sous différents prismes l'oeuvre singulière d'un artiste majeur de la scène contemporaine. -
Cette nouvelle édition est augmentée de 6 nouvelles histoires ainsi que de 7 nouvelles photographies.
En juillet 1985, Sophie Calle a été invitée, ainsi qu'Hervé Guibert, Jacques Monory et Denis Roche, à projeter et commenter mes photographies au Théâtre antique d'Arles. Denis Roche clôturait le programme avec une merveilleuse idée. Dans l'obscurité, il racontait les instants qui précédaient sa décision de prendre une photo, puis il montrait l'image le temps d'un déclic ". C'est par ce récit, Déclic, le déclic de l'appareil photo aussi bien que celui du cerveau dans lequel l'idée surgit, que Sophie Calle ouvre Parce que. Comme Denis Roche, elle entreprend d'y raconter la raison, ou du moins une raison, qui l'a poussée à appuyer sur le déclencheur. Inversant ainsi le rapport de primauté naturel entre une image et les mots qui l'accompagnent,
Sophie Calle soulève une réflexion sur l'influence que peuvent avoir ces derniers sur notre réception de la photographie. Celle-ci ne se révèle d'ailleurs qu'a posteriori, dissimulée dans l'interstice de la reliure à la japonaise. Loin de se réduire à de simples légendes, ces mots - une pensée, un récit ou une interrogation - n'adhèrent pas de manière conforme à l'image qui les accompagne : ils marquent, au contraire, un fort contraste avec elle, le plus souvent avec malice, parfois avec nostalgie.
Sophie Calle signe ainsi un ouvrage à la conception originale, qui s'inscrit dans la continuité de son oeuvre impertinente et poétique. -
Photographe allemand, directeur de l'agence Ostkreuz à Berlin, Jörg Brüggemann explore le territoire chilien à travers une série en trois volets. Tres Viajes se compose de trois corpus liés entre eux par les relations humaines complexes qui se tissent entre les individus.
Dans Mi madre tiene novio (2018), Brüggemann part à la recherche de sa mère, décédée dix ans plus tôt, et des signes qui lui sont apparus en rêve. Parti du Chili où il se trouvait, il a traversé le continent sud-américain jusqu'à revenir à l'endroit où il a appris sa mort. Il utilise alors la photographie comme une façon de rassembler les pièces de ce rêve et de mettre des images sur la relation avec sa mère et son approche du deuil.
El derecho de vivir en paz (2019) est construit un an plus tard. Le photographe allemand retourne au Chili et est pris en pleine contestation sociale. Le peuple chilien se soulève violemment contre son gouvernement et les injustices qu'il subit. Témoin de ce mouvement historique d'une ampleur inégalée, Jörg Brüggemann propose sur papier glacé une immersion dans la violence de la rue.
Agua que no has de beber (2022) clôt le livre en s'intéressant à une relation complexe à distance entre une femme et à homme. Elle sur la côte chilienne, lui dans la montagne, les kilomètres les séparant comme une frontière, rendant leur amour impossible. Ce travail photographique, plus apaisé, illustre d'une façon poétique la force de la nature chilienne et les liens invisibles créés entre deux êtres. -
L'épreuve de la couleur
Jacques-Henri Lartigue
- Atelier EXB
- Beaux Livres
- 12 Septembre 2024
- 9782365113946
Figure incontestablement importante de la photographie, Jacques Henri Lartigue est célèbre pour ses images en noir et blanc d'un monde en pleine révolution industrielle.
À l'aube du XXe siècle, il photographie la vitesse et les innovations techniques, se passionne pour l'automobile et les nouvelles possibilités
offertes par la photographie. Parallèlement à ce travail, il commence
en 1912 à photographier de manière radicalement différente
en utilisant une technique directement opposée à sa recherche de vitesse : lAutochrome stéréoscopique sur plaques de verre. Ce procédé l'oblige à changer d'approche car il repose sur une préparation technique minutieuse et un temps d'exposition très long et précis pour ses compositions mises en scène.
Le résultat final n'est pas un tirage mais une double vue stéréoscopique qu'il projette sur un écran.
Lartigue s'attache à représenter des scènes de la vie quotidienne
de son cercle d'amis et de sa famille, des promenades dominicales aux vacances d'hiver. Il remplit le cadre de couleurs vives, dans des constructions graphiques composées d'un mélange de paysages ensoleillés, de visages, de fleurs et de vêtements soigneusement choisis. Pendant la courte période où il a produit ces images (jusqu'en 1927), Lartigue a réalisé 90 Autochromes double vue, présentés ici pour la première fois dans leur intégralité et à l'échelle.
Afin de comprendre l'importance de cette série d'oeuvres et
l'effet qu'elle a eu dans l'histoire de la photographie couleur, ainsi
que la résonance qu'elle continue d'avoir, le corpus d'images est
accompagné d'un commentaire critique rédigé par des spécialistes
qui analysent et donnent les points de référence nécessaires à la compréhension de cette oeuvre. -
Le livre a été pensé non pas comme un catalogue de photographie, mais comme un livre d'artiste qui nous transporte au plus près des sensations que la photographe souhaite faire passer : dureté, calme, vivacité, respiration, force... autant de notions qui se mêlent à la vue de l'animal.
Photographe américaine, française d'adoption, Jane Evelyn
Atwood défend depuis plus de 40 ans une oeuvre photographique
sociale, proche de ses sujets, qui s'intéresse aux laissés pour comptes. Des prostituées aux femmes en prison, elle a exploré de nombreux territoires laissés dans l'ombre, qui demandent un investissement humain total. Dans Horses, Atwood met en lumière pour la première fois un thème qui la porte depuis son enfance, celui de son amour pour les chevaux. Voyageant à travers le monde pour rencontrer ces animaux et les personnes qui s'en occupent, la photographe cherche une nouvelle façon d'exprimer ce lien qui l'unit à eux. Sujet mythique de la photographie, compagnon millénaire de l'Homme, le cheval
est ici le vecteur de nombreux thèmes qui sont chers à Jane Evelyn Atwood : le rapport à l'animal, dans sa physicalité et la représentation de leur force, la liberté des chevaux sauvages qui se meuvent dans les grands espaces difficiles d'accès, le compagnonnage avec le dresseur, ou encore les jeux de lumière qui s'opèrent sur eux et que seule la photographie est capable de rendre. Au-delà du sujet photographique, Atwood s'attache à parler de la présence de l'animal dans notre monde et comment nous vivons avec. D'un point de vue plus large, Horses nous emmène, comme souvent avec elle, dans un territoire aux frontières floues, où il est facile de se perdre et de laisser sa pensée
divaguer. -
À l'écoute des arbres
Angel Albarrain, Anna Cabrera
- Atelier EXB
- Beaux Livres
- 19 Octobre 2023
- 9782365113656
Le duo d'artistes espagnols Angel Albarran et Anna Cabrera entretiennent une relation particulière avec la nature. Source d'inspiration, sujet photographique ou décor presque irréel, elle est toujours, d'une manière ou d'une autre, présente dans leurs images.
Comme un fil conducteur dans leur production, les arbres sont souvent représentés : l'ombre d'une branche, le dessin d'un feuillage devenu abstrait ou encore une silhouette tortueuse au centre du cadre. Seulement l'arbre n'est pas le seul sujet de cet ouvrage. Il s'agit pour eux d'explorer plus largement la relation que l'homme entretient avec la nature. Nous partons du principe que la compréhension de l'homme passe par celle de la nature, non pas telle qu'elle est, mais plutôt comme nous sommes. En restant attentifs et observateurs, nous pouvons percevoir les deux, car nous sommes à la fois témoins et faisons l'objet d'une observation. , précisent-ils. Cela se fait avec l'aide de la littérature, et notamment les écrits d'Hermann Hess, qui partage cette pensée et ce que les artistes expriment. Les photographes mêlent à la manière d'un peintre un équilibre si caractéristique des couleurs à une technicité du tirage hors norme, qui est devenue l'une de leurs marques de fabrique. La feuille d'or vient rehausser les couleurs vives, quand une trace argentée ne souligne pas un reflet, pour nous plonger dans des paysages oniriques et hors du temps. Loin d'idéaliser cette nature, les photographes s'attachent à magnifier l'existant, en nous emmenant dans un voyage chromatique unique qu'eux seuls sont capables d'inventer. -
Exposition :
Jeu de Paume, Paris
28 septembre 2024-19 janvier 2025
Figure de la photographie américaine contemporaine, Tina Barney entreprend, à la fin des années 1970, de photographier ses proches et amis, issus, comme elle, des classes aisées de la côte Est. Par sa pratique des portraits qu'elle développe dans les années 1980, et en fine observatrice des rituels familiaux, elle va s'intéresser particulièrement aux relations entre les générations, à la question de la transmission, mais aussi aux décors et aux codes vestimentaires. Ses portraits en couleurs de la haute bourgeoisie américaine et européenne - souvent de groupe et de grand format, à la croisée des instantanés familiaux et de tableaux photographiques à la composition millimétrée - regorgent de micro-expressions et tensions visuelles, comme autant de gestes révélateurs d'une sorte de dérèglement qui se cacherait sous la surface des images. Pris dans des contextes plus intimes et généralement invisibles pour le monde extérieur, ses grands formats permettent, par les nombreux détails qui s'y trouvent réunis, de composer autant de récits possibles sur le quotidien de ces riches familles, à la manière des soap opera populaires des années 1980.
Cet ouvrage, qui accompagne la première exposition rétrospective en Europe de l'artiste, présente soixante oeuvres - quintessence de son approche du médium - réalisées de la fin des années 1970 à nos jours. Un essai du commissaire de l'exposition et directeur du Jeu de Paume, Quentin Bajac, viendra compléter cet ensemble photographique, ainsi qu'un entretien de Tina Barney avec l'historienne de la photographie et curatrice, Sarah Meister. Ces textes permettront de comprendre, d'après les propos de l'artiste, sa démarche et son approche : son intérêt pour la notion de famille et les rituels, sa pratique du grand format, son art de la composition de groupes et de l'instantané, sa conception de la couleur, son goût pour les expériences visuelles complexes et la relation de ses images à la peinture.